Les prépas littéraires

Dans les classes littéraires, un certain nombre de ceux qui s’inscrivent ont d’emblée le projet de n’y rester qu’un an : si 20% des élèves intègrent une école, on estime à 90% la part des agrégés ayant fait au moins une année de prépa ! Passer par une prépa, c’est en effet une bonne manière de ne pas se perdre dans la première année d’université et d’acquérir des méthodes de travail extrêmement efficaces.

L’intérêt des prépas littéraires est leur pluridisciplinarité : dès le début, il ne faut négliger aucune matière. La charge de travail y est très importante (au moins 60h/semaine entre cours, colles et travail personnel). Les prépas littéraires enregistrent environ 40% d’abandons au cours ou à la fin de la 1ère année (à comparer avec 17% en prépas éco et 18% en prépas scientifiques). Au lycée Louis-le-Grand, environ 70% des élèves de 1ère année restent en khâgne au lycée l’année suivante.

En raison de cette « évaporation des effectifs », les deux années d’études sont différentes : acclimatation, acquisition de connaissances et de méthodes en hypokhâgne (« HK » ou « Lettres Supérieures »), puis entraînement et préparation proprement dite aux concours en khâgne (ou « Première Supérieure »).

On distingue plusieurs voies pour les littéraires, dont les plus connues sont les prépas ENS Lettres (Ulm et Lyon) et la prépa Lettres et sciences sociales (B/L), sans oublier les prépas Chartes ou Saint-Cyr.

A - Le profil des candidats à une prépa littéraire

Les classes préparatoires littéraires sont ouvertes à tous les bacheliers des séries générales ; il faut avoir un très bon niveau dans les matières littéraires pour les S, en maths pour ceux qui choisissent B/L et, outre une forte motivation, un remarquable niveau en latin pour ceux qui choisissent Chartes ! Selon son objectif, son parcours antérieur, ses goûts et ses points forts, l’élève pourra envisager une khâgne classique, moderne, scientifique (B/L) ou chartiste. Un préalable pour réussir : avoir vraiment envie de suivre des études littéraires pluridisciplinaires avec un niveau d’exigence élevé.

Depuis quelques années, en prépa lettres ENS, il n’est plus nécessaire de faire dès la 1ère année (hypokhâgne) un choix qui contraint l’étudiant à une certaine filière pour la khâgne. Les hypokhâgnes sont devenues non déterminantes. Elles préparent désormais aussi bien à des khâgnes Ulm qu’à des khâgnes Lyon (Lettres et Sciences Humaines, dites « LSH »).

Par ailleurs, la mise en place depuis 2011 de la Banque d’Épreuves Littéraires (BEL) qui mutualise les épreuves de philosophie, d’histoire, de français et de langues vivantes avec refonte des programmes actuels, permet l’élargissement des débouchés en incluant aussi bien les ENS Ulm, Lyon et Cachan que l’École des Chartes, des écoles de management, de journalisme, le CELSA, les écoles ECRICOME, Sciences Po, etc. (attention: pour les écoles de commerce de la BCE, il y a des épreuves écrites spécifiques en plus).

Comme pour toutes les classes préparatoires, la première année ne se redouble pas. En revanche, on peut faire deux, voire trois années de khâgne, en fonction des résultats aux concours et avec l’accord du conseil de classe de fin d’année. Vu l’exiguïté des débouchés et la sélectivité des concours, c’est dans les classes littéraires que le poids des « redoublants » est le plus lourd en 2ème année.

Au lycée Louis-le-Grand, entre 23% et 35% des élèves inscrits en khâgne sont des redoublants (« cubes ») ; plus rarement 1 à 5 étudiants triplent leur année (« bicarrés »).

B - Quelles classes

1 - Les khâgnes « littéraires » ou A/L

Elles préparent aux sections « littéraires » des ENS. 2 khâgnes sont possibles : « classique » et « moderne ».

  • Les khâgnes classiques (anciennement appelées « Sèvres ») représentent 36% des élèves venant d’hypokhâgne. Elles débouchent sur le concours A/L de l'ENS de la rue d'Ulm. La langue ancienne est obligatoire. Il est possible de la suivre en « grand débutant » mais c’est alors un – très – gros travail supplémentaire.

Avec une option complémentaire (pour Paris, à suivre en parallèle à Henri IV), il est possible de présenter l’École des Chartes par le concours B (époques moderne et contemporaine, deux langues, 1ère langue anglais ou allemand exclusivement) - environ 6 à 8 places par an.

  • Au lycée Louis-le-Grand, uniquement des khâgnes A/L Ulm : latin + grec + 1 langue vivante, ou latin + 2 LV, ou grec + 2 LV ;
  • Autres classes à Paris : Henri IV, Fénelon, Condorcet, Janson-de-Sailly et Molière ;
  • Plus 5 lycées en région parisienne.
  • Les khâgnes modernes ou LSH (par survivance appelées « Cloud ») représentent 64% des élèves. Elles permettent dès le départ une plus grande spécialisation, et préparent aux concours de l’ENS Lettres Sciences Humaines (Lyon). Concours en partie commun (littérature, philo, histoire, langue vivante), pas de langue ancienne obligatoire mais de la géographie et un programme d’histoire plus étendu (histoire contemporaine).

Avec l’option anglais LV1, il est possible de présenter l’ENS Cachan série E (langues vivantes).

À Paris : Henri IV, Fénelon, Victor Duruy, Condorcet, Chaptal, Jules Ferry, Claude Monet, Balzac, Hélène Boucher. Plus 15 lycées en région parisienne.

2 - Les khâgnes « Lettres et Sciences Sociales » ou B/L

Elles ont été conçues pour les profils à la fois scientifiques et littéraires, bac S pour 61% des élèves (bien davantage dans les prépas les plus prestigieuses) ou ES 34%, rarement bac L option maths 5%, avec deux disciplines propres : les sciences économiques et sociales (sociologie et économie, 4h/semaine+colles) et les maths (3h/semaine + TD + colles). Le programme de maths, quasiment celui d’une ECS (algèbre, analyse de fonctions, stat et proba), est abordé de manière beaucoup plus théorique.

Les khâgnes B/L préparent prioritairement aux concours des ENS : groupe B/L (Ulm), série « sciences économiques et sociales » (Lyon) et série D3 « sciences sociales » (Cachan).

3 classes de ce type existent en région parisienne : Henri IV, Janson-de-Sailly et Lakanal (Sceaux).

3 - Les khâgnes « Chartes »

Pour les férus d’histoire (moderne ET médiévale) qui aiment aussi la littérature et la civilisation latines, cette filière recrute les bacheliers L (mais aussi S : environ 40% à Henri IV) ayant un excellent dossier en français, histoire et langues, avec pour objectif le concours d’entrée à l’École des Chartes, qui forme les responsables de la conservation du patrimoine (archivistes, bibliothécaires...) et/ou prépare à l’enseignement et à la recherche dans ce domaine.

3 classes de ce type existent : Paris (Henri IV), Strasbourg et Toulouse.

4 - Les khâgnes « Lettres St-Cyr »

Cette filière recrute les bacheliers L (mais aussi S et ES) qui sont attirés par les lettres et la carrière militaire. Ces classes proposent une formation sur le modèle des classes littéraires civiles, et préparent au concours de l’Ecole Spéciale Militaire de St-Cyr. (histoire 4h, géographie 2h, français 5h, LV1 4 h, LV2 4h, philo 2h, maths 2h, EPS 4h, + options).

3 classes de ce type existent : Aix-en-Provence, Saint-Cyr-l’Ecole et La Flèche.

C - Quels concours pour quelles Écoles ?

Les prépas littéraires offrent moins de places à l’issue des concours que les autres filières de CPGE. Depuis l’année 2011, la BEL (Banque d’Epreuves Littéraires) ouvre plus de perspectives aux étudiants de ces classes : plus de 40 écoles en comptant les ENS et certains IEP de province.

1 - Les écoles normales supérieures

C’est le débouché naturel et prestigieux des prépas littéraires, même si la voie est étroite. À leur admission, les élèves signent un engagement de dix ans (y compris leurs 4 ans d’études) auprès de l’Etat, ce qui leur confère le statut d’élèves-fonctionnaires stagiaires ; ils perçoivent un traitement dès le début de leur scolarité. Préparant de futurs fonctionnaires, ces concours, gratuits, peuvent être passés 3 fois au plus.

L'ENS Ulm

L’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm (la plus prestigieuse), a fusionné en 1985 avec l’ENSJF de Sèvres.

  • Il y a deux séries au concours Lettres : A/L 72 placs et B/L 25 places (chiffres 2016) ;
  • les options/spécialités au concours ne sont pas déterminantes pour le choix des études ultérieures, une langue ancienne est obligatoire (écrit et oral) ;
  • C'est un concours généraliste, de haut niveau (voir programme et calendrier ici).

La voie A/L a la réputation (non usurpée) d’être le concours littéraire le plus sélectif, en raison de l’absence de programme des épreuves jusqu’à 2010, et du faible taux d’intégration (autour de 4,6 %). Aujourd’hui, il y a un programme pour 4 disciplines sur les 6 obligatoires. À conseiller peut-être de préférence aux esprits de synthèse.

L'ENS LSH

L’École Normale Supérieure (Lettres et Sciences Humaines) de Lyon résulte de la fusion des EN filles et garçons de Fontenay et Saint-Cloud.

  • 3 séries « littéraires » : Sciences humaines 387 places, Lettres et arts 36 places, Langues vivantes 354 places et une série B/L (sciences économiques et sociales) 5 places (session de 2016) ;
  • les options/spécialités du concours sont décisives pour la suite de la scolarité ;
  • langue ancienne facultative.

C'est un concours par options (quota de places par matières, davantage de places qu’à Ulm) : les candidats y sont plus nombreux, pour un taux de réussite pas tellement plus élevé qu’à ULM. Ce concours est peut-être plus adapté aux esprits d’analyse.

L'ENS Cachan (ou Paris - Saclay)

L'ENS Cachan qui fait désormais partie de l'Université Paris - Saclay effectue un recrutement scientifique, ouvert aux étudiants :

  • de K B/L en section sciences sociales (18 places) ;
  • de K A/L en section langues étrangères Anglais (9 places).

L’écrit est commun avec l’option langues vivantes du concours ENS LSH. Formation au métier de prof d’anglais technique (pour écoles d’ingénieurs, etc.)

2 - L'Ecole Nationale des Chartes

www.ens.sorbonne.fr

Mêmes conditions de statut étudiant que dans les ENS ; il y avait pour la session 2016 :

  • 12 places par le concours A ;
  • 7 places par le concours B (option K A/L à suivre à HIV).
3 - Les écoles de commerce

Chaque année, près d’un cinquième des candidats aux concours des grandes écoles de commerce se présente par l’option Lettres et Sciences Humaines (ouverte aux A/L et B/L, avec quota pour les écoles ECRICOME). Cette option suit de très près le programme des khâgnes et présente l’avantage de ne pas demander trop de travail spécifique.

Ecrits propres à l'option : anglais, possibilité de prendre une langue ancienne à la place de la 2éme langue vivante, philo, histoire et français selon la khâgne, maths ou sciences sociales pour les B/L, 3ème langue ou géo pour les A/L.

  • La difficulté pour les élèves de B/L qui choisissent maths peut venir du fait que leur programme comporte peu d’heures pour faire des exercices d’application (4h de plus en ECS) ;
  • En A/L ou B/L, absence d’entraînement aux épreuves de contraction de texte (HEC) /synthèse (ESSEC).

Si l’objectif est d’intégrer une école de commerce, choisissez de préférence une khâgne dans un lycée ayant aussi une prépa ECS ou ECE (une aide des professeurs de prépa ECS est souvent possible). L’oral est le même pour tous les admissibles (sauf oraux de maths).

Les concours des écoles de commerce sont payants (coûts d’inscription sur www.concours-bce.com et www2.ericorme.org), et selon les écoles les frais sont réduits ou supprimés pour les étudiants boursiers.

4 - L'ENSAE

L’École Nationale de la Statistique et de l’Administration Economique forme des ingénieurs statisticiens-économistes et des administrateurs de l’INSEE. Environ 18 places par an sont réservées pour les khâgnes B/L (option économie et sciences sociales du concours)

5 - Sciences - Po
Sciences - Po Paris (hors B.E.L.)

L'admission en 2nd cycle est réservée aux étudiants qui ont validé 3 années d’études supérieures, ainsi qu’aux admissibles et sous-admissibles aux ENS après une 2ème année de prépa littéraire. Certaines grandes écoles ont des accords avec Sciences Po permettant une dispense des épreuves écrites : l’ENSAE (École nationale de la statistique et de l’administration économique), Télécom Paris, l’ENS Cachan, etc.

Le diplôme de Sciences - Po, clairement positionné à Bac + 5, confère le grade de master à ses titulaires.

Instituts d'études politiques (IEP) hors Paris

Dans le cadre de la B.E.L : les IEP de Lyon, Lille et Aix. Les autres Instituts d'Etudes Politiques (Aix, Bordeaux, Rennes, Strasbourg, Toulouse et St-Germain-en-laye) ont un fonctionnement différent (inscriptions possibles en 1ère, 2ème, 3ème ou 4ème année selon les IEP). Il est recommandé d'aller sur leurs sites.

6 - Autres

ENSAI (10 places pour les B/L). Et dans le cadre de la B.E.L. : CELSA (journalisme), ESIT (traduction), ISIT (management et communication), ISMAPP (Instit. Sup. de management public et politique) ; Université Paris-Dauphine. École militaire de St-Cyr (concours lettres). Certaines écoles d’ingénieurs pour les B/L dont l’ENSIM (le Mans) et l’UTT de Troyes

D - Quelle charge de travail en prépa littéraire ?

1 - Au programme en 1ère année

En prépa HK/AL :

  • Un tronc commun : français (5h) histoire (5h) philo (4h) langue vivante (4h) géographie (2h) + 2h d’EPS ;
  • Des enseignements choisis : latin et/ou grec (4h), langue vivante 2 (3h), sciences économiques et sociales, maths, enseignement artistique (théâtre, cinéma, musique, arts plastiques) + le cas échéant des heures spécifiques pour la préparation à Sciences Po (6h de culture générale, histoire, géographie, LV).

En prépa Chartes : 10h d’histoire, 2h de français, 2h de LV, 6h de latin obligatoires (+ matières au choix).

En prépa HK/BL : 4h pour maths, français, histoire, philo et sciences sociales, 2h de LV1 et EPS, + option au choix.

2 - En 2ème année, selon la khâgne
  • Ulm A/L : philo (6h), français (5h), histoire contemporaine (4h,) langue ancienne (4h), langue vivante (5h) + EPS (2h) + options.
  • Ulm B/L : maths (5h), philo (4h), français (4h), histoire (4h), sciences sociales (4h), langue vivante (5h) + EPS (2h) + langue optionnelle latin ou grec (4h) + options.
  • ENS LSH : français (5h), langue vivante (5h), philo (4h), histoire (2h), géo (2h), + EPS (2h) + options.
  • Prépa Chartes : 10h d’histoire, 4h de français, 2h de langues vivantes, 5h de latin obligatoires + options.

En hypokhâgne ou khâgne, comme dans toutes les prépas, il faut ajouter un nombre important d’heures de colles et un concours blanc par semestre.

Au lycée Louis-le-Grand, un concours blanc, c’est (à titre d’exemple et selon les années) :

  • En HK : /j1 : 6h d’histoire, /j2 : 6h de géographie, /j3 : 6h de français /j4 : 6h de philo, /j7 : 5h de latin, /j9 : 4h de langue vivante a, /j11 : 6h de langue vivante b, /j12 : 4h de version grecque.
  • En Khâgne : /j1 : 6h d’histoire contemporaine, /j2 : 6h de composition française, /j5 : 6h de philo, /j6 : 4h de version de LV, /j8 : 4h de version (latin ou grec), /j9 : entre 4 et 6h d’option (géographie, version latine ou langue vivante, commentaire de texte philo, français ou littérature étrangère).

E - S'inscrire en Fac

Depuis la rentrée 2015, l’inscription à l’université est obligatoire pour les étudiants en CPGE.

Si l’inscription parallèle (ou cumulative) à l’université est devenue obligatoire pour tous les préparationnaires, elle revêt une importance particulière pour les littéraires. Le temps passé en prépa ne sera ainsi pas perdu, grâce aux équivalences : sur proposition du conseil de classe (tenant compte de l’assiduité et des résultats scolaires, y compris aux concours blancs), le conseil d’équivalence de l’université validera tout ou partie des acquis correspondant aux disciplines enseignées en prépa. Dans le système européen d’ECTS (crédits d’études cumulables et échangeables), chaque année de prépa validée donne droit à l’attribution de 60 ECTS.

Attention : cette inscription n’intervient qu’après la rentrée en classe préparatoire, elle n’a rien à voir avec l’inscription de fin de Terminale. Voir les conventions prépa-universités du lycée.